Contenus sponsorisés 

  • Kévin Floury

Christophe Suarez, les yeux rivés vers la foudre

Depuis l'âge de 9 ans, il est fasciné par les orages. Plus exactement par la foudre. Christophe Suarez est un photographe passionné, après avoir été professionnel. Sa passion l'emmène chaque année sur la route des phénomènes les plus violents dans la région de Genève. Et bientôt plus loin. Rencontre.

Orage à Genève, sur le Léman - © Christophe Suarez

Kévin Floury : Traquer les orages, d’où vient cette passion ?

Christophe Suarez

Christophe Suarez : A l'âge de 9 ans, j'étais avec ma grand-mère en Espagne. Il y avait souvent des orages. Un jour, un impact de foudre est tombé à seulement quelques dizaines de mètres de nous. J'ai eu la peur de ma vie. Ma grand-mère, elle, a continué son chemin comme si de rien n'était. Moi j'étais traumatisé. Le bruit, imaginez une explosion ! Ça m'a tellement marqué et traumatisé que je me suis fasciné pour le phénomène. C'est un peu comme des personnes qui vivent une tornade dans leur enfance. Souvent, on les retrouve quelques années plus tard à chasser les tornades. Moi c'est pareil, mais pour la foudre.


Le célèbre film Twister a accéléré votre passion. C'est vrai ?


Oui, c'était dans les années 90. C'est en regardant le film que j'ai pris conscience qu'il y avait des gens qui chassaient les orages, les tornades. Alors certes, c'est un film très romancé mais ça m'a fasciné. J'ai eu un vrai déclic, je me suis dit que l‘on pouvait chasser les orages.

Et puis dans les années 2000, il y a eu l'avénement de la photo numérique. J'avais déjà fait de la photo dans les années 80, mais là j’ai pu m'acheter un appareil photo. J'ai compris tout de suite compris l’intérêt du numérique. Cette époque correspondait aussi à l'explosion d'internet. Et là, j'ai découvert de nombreuses informations en lien avec les chasseurs d'orages sur les sites américains.


En 2004, vous avez créé un site internet. C'était le premier site officiel de chasseurs d'orages français ? Oui, le site Chasseurs d'Orages a eu un énorme succès. Je ne l'imaginais pas. Beaucoup de gens étaient passionnés par ça. C'est là, vraiment à partir de ce moment que la grande aventure a commencé, que ma passion s'est tissée pour la photo, les orages et notamment la foudre. Ma passion rejoint celle d'Alex Hermant, un autre photographe d'orages. Quand je l'ai lu sur internet et quand j'ai vu ce qu'il faisait, c'était ça. J'ai eu le plaisir d'échanger avec lui au téléphone. Il est comme moi fasciné par la foudre.

Cellule orageuse isolée dans le Jura - © Christophe Suarez

Vous avez photographié un impact de foudre incroyable sur une autoroute. Il est tombé à quelques mètres des automobilistes. Comment ça s'est passé ?

Autoroute A40 à Bossey (Haute-Savoie) - © Christophe Suarez

J'étais sur le Salève (NDLR : montagne des Préalpes) ce soir là. La situation était intéressante. Mais le flux n'était pas habituel. Je craignais d’être sous la pluie, mais j'ai tout de même décidé de monter. Sur le Salève, tu es toujours sûr de ramener quelque chose. Et en effet, l'orage est passé sur moi, les coups de foudre étaient proches. J'étais en sécurité dans la voiture, mon appareil photo travaillait seul en extérieur et était protégé de la pluie. Il n'a pas pris une goutte de pluie et heureusement. Car impossible de sortir de la voiture, pour le replacer, changer d'angle... et là par chance j'ai vu cet incroyable impact tombé droit devant. J'adore mettre en contexte la foudre par rapport à l'homme. Imaginez les personnes qui roulaient sur l'autoroute à ce moment là !

Quels sont vos secrets pour obtenir ces photos ? Le plus important reste de bien se positionner, de bien choisir son spot. Et une fois que tu as fait ton choix, si il est mauvais, c'est trop tard. C'est la foudre qui t'envoie où elle veut. Ça me plait. Il n'y a jamais deux photos qui se ressemblent. Et puis pour la photo en elle-même, il faut voir le bas et le haut de la foudre pour que la photo soit bien réussie, c’est mon avis. Mais la base, c'est de ne pas être en retard sur l'orage et donc prendre de l'avance. Et quand on a choisi son target, on s’y tient.

Bassin lémanique (Suisse) - © Christophe Suarez

Vous avez pris exemple sur un grand chasseur... devenu un ami aujourd'hui. Oui, c'est Dean Gill. Quand j'ai débuté, j'étais foufou. Je me suis un peu calmé aujourd'hui. Je ne vais plus prendre de risque. J'ai trouvé une conscience avec l'expérience. Si tu es en retard sur un orage... c'est que tu as mal préparé ta chasse. C'est ce que j'ai appris. J'ai appris beaucoup de choses avec lui (rires).


Pourquoi vous riez ? Vous avez une anecdote ?


Dean Gill a une expression très intéressante : « Courir comme une poule sans tête ». Et bien, ça va surprendre, mais ça m'arrive encore ! Un soir, j'étais parti le rejoindre. C'était dans la Bresse, ça a été minable... je suis arrivé trop tard. Il faut être prévoyant, c'est essentiel ! J'ai retrouvé les copains qui avaient déjà fait les photos.

Grue foudroyée à Genève (Suisse) - © Christophe Suarez

De magnifiques photos d'orages sur Paris ont été prises il y a quelques mois. Et on a vu un véritable débat s'installer dans la communauté des chasseurs d’orages, des critiques parfois fortes envers l’auteur. Incompréhensible ou normal ? J'adore le travail de ce photographe. C'est Bertrand Kulik. C'est un artiste accompli. Il a une vue magnifique sur la Tour Eiffel depuis chez lui. Forcément, ses photos ont du succès et on lit la frustration des gens sur les réseaux sociaux. Moi j'ai du recul, je suis très content pour lui. Chacun doit faire son chemin, si tu ne le fais que pour le succès, distingue-toi des autres. La concurrence a toujours existé. On la retrouve d'ailleurs dans le fameux film Twister... c'est quelque chose de profondément humain. Si tu ne veux pas être embetté aujourd'hui, il faut être discret.

Vous avez été photographe et même chasseur d'orage professionnel. Comment fait-on pour en vivre ?

Foudre sur un arbre (Savoie) - © Christophe Suarez

Certaines de mes photos ont été reprises dans des documents scientifiques, des magasines. Le travail avec la presse était important à l'époque quand j'étais professionnel. Cela a duré 2 ans. Je ne faisais que ça. Mais c'était difficile d'en vivre. Tu rentres par une petite porte, il ne faut jamais oublier. Aujourd'hui, je suis technicien dans les télécoms.


On évoquait tout à l'heure votre site Chasseurs d'Orages, vous avez décidé d'arrêter l'aventure. Pourquoi ? Oui, je me suis mis en retrait. Je voulais que ça reparte sur une base différente, avec une nouvelle équipe. C'était compliqué à gérer. Soit il fallait tout arrêter, soit j'essayais de le faire revivre. J'ai eu du mal, mais j'ai décidé de m'en séparer. Je ne veux plus être impliqué. Je veux aujourd'hui me faire plaisir, vivre la passion pour moi, me retirer un peu des projecteurs du milieu. J'ai donné le bébé à un ami à moi. Je suis très content ! C'est Mathieu Brochier, il a fait sa première chasse avec moi et Dean Gill quand il avait 16 ou 17 ans. Sa maman avait fait une décharge de responsabilité... oui c’est une sacrée passion !

Nuages mammatus (Haute-Savoie) - © Christophe Suarez

Vous avez de nouveaux projets en lien avec les orages ?


Oui, mais je n’en parle pas beaucoup pour être sur de les réaliser. J'ai besoin de me mettre en retrait du monde des chasseurs d'orages. Pour l'instant je n'en parle pas. Il y a des grands projets actuels, connus, comme les expositions et festivals de photos. C'était déjà en route. Après, il pourrait y avoir des surprises.

Vous ne souhaitez pas nous en dire un peu plus ? Je ne suis jamais allé chasser des tornades aux Etats-Unis. Si j'ai l'occasion un jour, je vais être aux anges. Mais j’aimerai y aller aussi pour la mousson nord-américaine en Arizona. C'est très esthétique ! J'ai des challenges en tête, ici en Europe. Chasser les tornades, c'est un challenge. Donc oui, je le dis, chasser la tornade en Europe est un de mes challenges. Mais je préfère tout de même les trombes marines aux tornades. J'aimerai me porter plus sur l’Italie. C'est un pays de cataclysme. C'est un pays qui me fascine. C'est l'un des seuls où tu retrouves des volcans, des tremblements de terres, des orages, des glissements de terrains, des trombes, des inondations, des tornades... ils ont un rapport exceptionnel avec ça. C'est aussi un pays très versé dans l'art. Les villes italiennes sont magnifiques.

Un dernier mot sur les 2 mois de confinement en première partie d’année. Comment avez-vous vécu la période ?


On ne pouvait pas être égoïste. Il fallait être humain. J'ai chassé depuis mon balcon. Le saison par ici dans la région de Genève, c'est juillet et août. On a eu tout l'été devant nous. Je n'ai pas mal vécu le fait d'être confiné. J'en ai profité pour reprendre des bouquins météo et trier mes photos...

Orage sur Genève (Suisse) - © Christophe Suarez

Retrouvez les photos de Christophe Suarez en intégralité :

- sur sa page Facebook

- sur sur son site internet