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  • Kévin Floury

Surveiller les orages et les tornades est leur métier

Depuis des années leur quotidien est passion. La surveillance des phénomènes extrêmes, leur profession. Un temps association, l’Observatoire des tornades et orages violents fête ses 10 ans en tant que société. Rencontre avec une profession méconnue.

Dégâts après la tornade d'Haumont - © Keraunos
Emmanuel Wesolek

Kévin Floury : Bon anniversaire à Keraunos, cela fait 10 ans que vous existez ! C’est bien ça ?


Emmanuel Wesolek, Président de Keraunos : Presque ! La société à 10 ans en effet, mais le début de Keraunos remonte à 2006. C’était à l’origine une initiative de passionnés, moi-même et Pierre Mahieu. C’était devenu pendant un temps une association puis une structure professionnelle. Il y avait peu de choses sur les tornades et orages sur internet mais beaucoup d’idées reçues. Les orages en France étaient considérés comme des versions miniatures de ce que l’on observe aux États-Unis, le terme « supercellule » était un gros mot, les tornades et les phénomènes violents n’existaient pas.


Vous avez vous-même vécu un orage violent plus jeune ? Oui, j’ai vécu une catastrophe. J’en suis encore marqué. Il y a eu un orage terrible au Grand-Bornand, j’y étais. Des dizaines de morts, des dégâts incroyables, un camping submergé par une coulée de boue... j’étais effrayé. Cette peur est rapidement devenue une passion. Soit on reste dans la peur, soit on essaie de comprendre !


Quelle est la mission concrète de Keraunos au quotidien ?


La réalisation de bulletin de prévisions. Nous développons en permanence des modèles de plus en plus aboutis pour arriver à des prévisions fines sur les risques : orages, tornades et grêle. Pour cela, il faut développer de l’autre côté des outils de plus en plus performants. Le suivi est également important pour nous, être le plus réactif possible en matière de relai de l’information pour le grand public. Avec des informations sérieuses. Ensuite, il y a l’enquête avec un réseau de contacts et correspondants installés un peu partout pour couvrir les événements météo afin d’en faire une analyse précise et documentée. Plus les situations sont sérieuses, plus on assure une permanence. 

Exemple de carte de prévisions, septembre 2020 - © Keraunos

Ce n’est pas rien de prévoir des « phénomènes violents », cela demande un travail strict au quotidien ?


Ce n’est pas quelque chose que l’on fait à la légère. On est beaucoup regardé. Chaque matin nous éditons nos bulletins d’alerte et on a totalement conscience que nos prévisions peuvent influencer de nombreuses personnes dans leur activité. On évalue les risques de façon la plus objective. On s’efforce de l’évaluer à sa juste valeur, sans sur-estimer notre prévision. Cependant, il est important de rappeler que les orages restent localisés. Même au sein d’une vague orageuse, l’intensité peut varier d’un endroit à un autre.


Comment apprend-on à faire une prévision d’orages, de tornades ? J’ai appris en partie chez les américains. J’ai beaucoup lu sur les techniques américaines, leurs recherches, je m’en suis abreuvé. C’est ça qui m’a formé sur le sujet et puis vient l’expérience avec le temps. Il est fondamental d’avoir la base, toute la technicité. Comprendre les paramètres, les prendre en compte en fonction de la configuration globale de la météo du jour.

Maisons et végétation soufflées par la tornade d'Haumont - © Keraunos

L’une de vos plus grandes enquête remonte à 2008 avec la tornade d’Haumont dans les Hauts-de-France. Racontez-nous. C’est à partir de cette tragédie que la France a compris qu’il y avait des tornades sur son territoire. C’était un cas très intéressant pour un passionné météo. Elle s’est produite en pleine nuit, personne n’a pu la voir mais ce qu’elle a laissé derrière elle est sidérant. Nous nous sommes rendus sur place pour l’enquête sans trop savoir à quoi s’attendre. On imaginait pas tout ce qu’on allait voir. Le phénomène était passionnant d’un point de vue scientifique. L‘intensité de la tornade était différente durant son parcours, il a fallu analyser sa progression, observer les dégâts pour comprendre sa force.

Quartier d'Haumont - © Keraunos

Vous êtes arrivé sur place... et après ? Je vous laisse imaginer la sensation que l’on a eu. La première chose que nous avons fait est de repérer un endroit où il y a eu des dégâts. Nous en avons trouvé un relativement vite. Au début, nous sommes tombés sur une zone dites « périphérique ». Les arbres que l’on voyait venaient à 200 ou 300 mètres de là. Ils ont été emportés par la tornade. Mais ce n’est pas grand chose par rapport à ce qui nous attendait ! Nous avons vu des maisons dévastées, des gens avaient perdu la vie juste à côté de notre lieu d’enquête. Humainement, c’est très pesant.


On estime la tornade d'Haumont de catégorie EF4 avec des vents compris entre 330 et 420 km/h

Les américains se sont même intéressés à cette tragédie ? Oui, d’un point de vue météo c‘est relativement original. Les américains rencontrent ce type de phénomène (tornade de forte intensité malgré une faible instabilité) plutôt en hiver, rarement en pleine saison estivale. Cette tornade d’Haumont a été classée catégorie EF4 (NDLR : des vents entre 330 et 420 km/h selon l’échelle de Fujita).

Voiture emportée par la tornade d'Haumont - © Keraunos

Une tornade comme Haumont peut-elle se reproduire en France ? Il ne fait aucun doute que cela se reproduira oui. Et il y a déjà eu plus fort en France. Cela fait partie du paysage climatique français. Ce sont des phénomènes qui peuvent se reproduire dans les zones à risque comme le nord de la France.


Entre 40 et 50 tornades par an en France métropolitaine

Justement, on ne le pense pas, mais vous confirmez que la France est une terre à tornade ?

Il y en a en moyenne entre 40 et 50 chaque année sur le pays. Globalement du Centre-Ouest en passant par la Normandie et les Hauts-de-France, on a une zone climatologique assez parcourue par les tornades. Beaucoup moins entre les Pyrénées et le Massif-Central pour des questions de reliefs. Une autre zone marquée s’étend le long de la Méditerranée avec des trombes marines qui rentrent parfois dans l’intérieur des terres. Elles sont souvent d’intensité médiocre tout en étant fréquentes.

Carte des zone à risque de tornade en France - © Keraunos

Comment expliquer la présence ou non de tornade, en fonction de nos régions ?


Il faut qu’il y ait une bonne juxtaposition de différents éléments techniques. Les masses d’airs jouent pour beaucoup. Attention toutefois, nous avons des données sur 200 ans mais on ne peut pas être encore tout a fait catégorique sur des couloirs à tornades, des zones précises... mais c’est vrai que l’on a ces secteurs qui ressortent. D’ailleurs on remarquera que le Nord-Ouest de la France n’est pas la zone la plus orageuse du pays. Pour que l’on observe une tornade, il faut qu’il y ait une somme d’ingrédients présente au même endroit et au même moment, avec un minimum d’éléments contraignants.


Vous confirmez que le terme « mini-tornade » n’existe pas ? Je le confirme. Il y a un certain mélange avec de nombreuses appellations en météo comme les ouragans, les cyclones... et les tornades ! Une tornade est une tornade, qu’elle soit sans grande conséquence ou destructrice.


En tant que passionné météo et de phénomènes violents, j’ai été étonné de ne pas trouver des photos de vous d’orages... Parce que je reste discret. On garde quelques jardins secrets, on aime bien être tranquille. C’est des moments personnels que l’on ne souhaite pas rendre public.


Heureusement, notre véhicule de chasse était protégé par un pont

Quel terrain de jeu vous offrez-vous ? La France et au-delà des frontières ? Tout d’abord en France. On a déjà réalisé de grosses chasses, notamment une fois dans le sud du département du Nord avec un grêlon d’un peu plus de 12 cm de diamètre. Nous étions positionnés dans la partie la plus active niveau grêle. Heureusement, nous avons réussi à abriter le véhicule sous un pont sinon le pare-brise était transpercé.

Toujours avec une grande discrétion, vous avez déjà chassé aux Etats-Unis...


Oui, nous y sommes allés plusieurs fois. C’est le graal en matière de chasse à l’orage. C’est très pratique pour se déplacer. Ce sont des phénomènes de très grandes ampleurs !


Un dernier mot ?


Le plus important, c’est de rester passionné !

De nombreux récits de chasse aux orages sont présents sur Keraunos - © Fabrice Bigand

Retrouvez les prévisions, enquêtes et récits de chasse :

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